La transformation digitale selon Gilles Babinet
Publié en 2016, Transformation digitale : l’avènement des plateformes part d’un constat : le numérique ne se contente pas d’équiper les #Entreprises de nouveaux outils, il remet en cause la manière même dont elles s’organisent. La plateforme, où la donnée circule librement entre clients, salariés et partenaires, rend obsolète la pyramide héritée de l’ère industrielle. Le livre décrit cette rupture, puis la méthode pour la traverser.
Qui est Gilles Babinet ?
Entrepreneur du numérique depuis les années 1990, fondateur de plusieurs sociétés, Gilles Babinet a été le premier président du Conseil national du numérique, en 2011, puis le représentant de la France auprès de la Commission européenne pour les questions numériques. Il a publié L’Ère numérique, un nouvel âge de l’humanité en 2014 et Big Data, penser l’homme et le monde autrement en 2015, et conçu un cours en ligne sur la transformation des entreprises.
La fin du modèle taylorien
L’entreprise classique cloisonne : chaque service garde ses données, chaque niveau hiérarchique filtre l’information. Les plateformes aplatissent cette structure. Les méthodes agiles, nées dans le logiciel au cours des années 1990, confient le travail à de petites équipes autonomes et se sont révélées plus efficaces que la chaîne de commandement. Babinet ne prédit pas la disparition des managers : il plaide, après les chercheurs Michael Tushman et Charles O’Reilly, pour un management « ambidextre », qui sait à la fois diriger et laisser faire.
L’innovation, un virus que l’organisation combat
Une organisation est conservatrice par nature : elle est faite pour optimiser ce qui existe. Le projet de rupture y est traité comme un corps étranger, que ses défenses immunitaires éliminent avant qu’il ait pu se répandre. D’où le conseil d’isoler les innovateurs dans un lieu à part, de les protéger, d’accepter l’échec et de ne pas punir ceux qui ont pris des risques, comme le fait Google avec son laboratoire X. Même méfiance envers les études de marché : interrogé, le consommateur dit ce qu’il croit devoir dire, et choisit autre chose.
Un diagnostic contrasté pour la France
La France se classe dans le milieu du tableau européen du numérique. Les grandes sociétés cotées sont freinées par le court-termisme des marchés, quand les entreprises familiales de taille intermédiaire peuvent investir sur la durée. Les PME luttent d’abord pour survivre, et les entreprises publiques attendent un leadership qui tarde. Même les plus avancées n’ont fait qu’une petite partie du chemin.
Quatre facteurs, cinq étapes
Quatre facteurs décident du succès. L’engagement du dirigeant et du conseil d’administration d’abord, car aucun retour sur investissement ne se calcule d’avance, et les baronnies internes résistent à une transparence qui expose leurs faiblesses. La formation de tous les salariés ensuite, et pas seulement des cadres. La gestion du temps, qui combine un plan de long terme et des projets courts aux résultats visibles. Enfin la fréquence du contact avec le client : rare pour un concessionnaire automobile, plusieurs fois par jour pour les géants de l’internet.
La méthode suit en cinq étapes : arrêter un plan de long terme avec les actionnaires, le suivre par un tableau de bord, réorganiser en réduisant les niveaux hiérarchiques, former, et repérer les « champions », ces #Talents que la hiérarchie ne voit pas et que révèlent par exemple les hackathons. Le directeur du digital, poste à la mode, n’est pas à ses yeux une solution en soi.
Ce que la thèse ne règle pas
Le livre date de 2016 et partage l’enthousiasme de son époque pour les plateformes. Dix ans plus tard, leur revers s’est imposé : la concentration de la donnée et de la valeur entre quelques acteurs américains et chinois, que l’Union européenne tente d’encadrer depuis 2022 avec le règlement sur les marchés numériques. L’agilité à grande échelle a aussi montré ses limites, et la promesse d’une entreprise sans hiérarchie s’est souvent arrêtée aux équipes techniques. La question de fond demeure : qui contrôle l’#Information, contrôle une part croissante du pouvoir.
Source
Gilles Babinet, Transformation digitale : l’avènement des plateformes, Le Passeur, 2016.