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Capitalismes

Base de données et d’idées

Mundum intellegere, chaos vitare

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1. Le capitalisme a fait reculer la misère comme jamais auparavant

De 1990 à 2025, le nombre de personnes vivant avec moins de 3 dollars par jour est passé d’environ 2,3 milliards à 831 millions, une baisse portée surtout par la croissance de l’Asie de l’Est et du Sud.1, 2 En proportion, l’extrême pauvreté est tombée de 43 % de la population mondiale à 10 %. Dans le même temps, l’espérance de vie à la naissance a atteint 73,3 ans en 2024, soit 8,4 années de plus qu’en 1995.3

Mais le rythme s’essouffle : la Banque mondiale estime que la réduction de la pauvreté est quasiment à l’arrêt et que les années 2020 risquent d’être une décennie perdue.1

2. Moins de morts qu’au XXe siècle, mais jamais autant de conflits

Pendant les deux guerres mondiales, les conflits tuaient plusieurs millions de personnes par an ; les pics des années 1970-1980 atteignaient 300 000 morts annuels, avant une forte baisse à partir des années 1990.5 Pourtant, 65 conflits impliquant des États ont été recensés en 2025, un record depuis le début des relevés en 1946, et le nombre de conflits entre États a doublé deux années de suite, passant de deux en 2023 à huit en 2025.4

3. Une concentration inédite du capital et du pouvoir

Les 10 % les plus riches détiennent 75 % du patrimoine mondial, la moitié la plus pauvre 2 %. La part des 0,001 % les plus fortunés est passée de 3,7 % en 1995 à 6,1 % en 2025.6 En France, les 10 % des ménages les mieux dotés détiennent 47,9 % du patrimoine brut et le patrimoine professionnel est encore plus concentré : 5 % des ménages en possèdent 95 %.7 Une forme de prédation se lit aussi entre pays : chaque année, un transfert net équivalent à 1 % du PIB mondial part des pays pauvres vers les pays riches, trois fois l’aide au développement.8, 9

4. Le « néolibéralisme » à la française : une idée reçue

On décrit la France comme livrée au néolibéralisme depuis trente ans. Or les dépenses publiques représentent 57,3 % du PIB en 2025 et les prélèvements obligatoires 43,6 %.10 Peu de pays au monde consacrent une telle part de leur richesse à l’action publique. Le mot sert souvent d’épouvantail plus que de diagnostic.

5. Ni main invisible, ni principe de précaution érigé en dogme

Le marché livré à lui-même produit des crises et des rentes ; la précaution poussée à l’extrême paralyse l’innovation. Un État régalien fort (justice, sécurité, monnaie, défense) reste indispensable. La vraie question est ailleurs : au service de quel projet de civilisation ?

6. La centralisation technocratique échoue… sauf en Chine ?

Soviétisme, bureaucratie européenne, impuissance onusienne : le pouvoir concentré entre les mains d’une élite technicienne finit par perdre l’adhésion. Même aux États-Unis, la confiance dans le gouvernement fédéral est tombée de 77 % en 1964 à 17 % en 2025.11 Contre-exemple dérangeant : la Chine a fait sortir près de 800 millions de personnes de l’extrême pauvreté en quarante ans, soit près des trois quarts du recul mondial.12 Le capitalisme d’État chinois fonctionne-t-il pour autant comme projet de société ? Le débat reste ouvert, d’autant que certains chercheurs contestent la méthode de calcul de la Banque mondiale.

7. Un gouvernement mondial ? Pas d’urgence

Faudrait-il une autorité mondiale pour réguler le capitalisme ? Nul ne sait qui la contrôlerait. Tant qu’aucun extraterrestre ne débarque pour exiger un représentant de l’humanité, la question reste théorique, et l’ONU, à bout de souffle, n’en offre pas le modèle.

8. Démocrates contre républicains : pas les gentils contre les méchants

La lecture morale du paysage américain masque une réalité plus tribale : la confiance dans l’État fédéral est systématiquement plus élevée chez les partisans du parti qui tient la Maison-Blanche.11 Chaque camp défend l’État quand il le contrôle et le combat quand il le perd.

9. Les milliardaires tiennent les médias

Les milliardaires possèdent plus de la moitié des plus grands groupes de médias mondiaux et l’ensemble des principaux réseaux sociaux. Ils ont 4 000 fois plus de chances d’exercer une fonction politique qu’un citoyen ordinaire.13 En France, Bolloré, Arnault, Saadé, Kretinsky, Niel, Bouygues ou Dassault contrôlent l’essentiel des chaînes, radios et quotidiens nationaux.14

10. Une société de consommation qui a endormi ses citoyens ?

Confort, loisirs, accès instantané à tout : jamais la vie n’a été aussi facile pour autant de monde. Cette facilité a aussi émoussé l’effort, l’exigence et le sens du collectif. Chacun réclame des droits ; peu acceptent les devoirs.

11. Quand la croissance cale, les élites se déchirent

Toute panne de croissance économique, peu importe ses raisons, tend la situation entre élites : elles deviennent trop nombreuses, inefficaces et se font la guerre, ce qui bloque le système. Ce phénomène est expliqué par Peter Turchin dans Le Chaos qui vient.15 Il évoque plusieurs exemples, notamment aux États-Unis quand les grands propriétaires de coton ont perdu leur avantage économique avec la fin de l’esclavage.

12. Ni autarcie ni ouverture à tout va : des interdépendances pilotées

Entre autarcie, isolationnisme irréaliste et ouverture à tout va, le libéralisme peut s’exercer à travers des interdépendances pilotées finement. Pour la plupart des enjeux, mais pas tous, il faut plusieurs fournisseurs pour chaque sujet stratégique, et pour lesquels il est possible d’exercer une pression réciproque.

Notes et sources

  1. Banque mondiale, Poverty. Seuil utilisé par l’ONU pour l’ODD 1. retour au texte
  2. Banque mondiale, Why an extreme poverty line is still needed. retour au texte
  3. ONU, World Population Prospects 2024. retour au texte
  4. Uppsala University, UCDP 2026. Uppsala Conflict Data Program. retour au texte
  5. Our World in Data, War and Peace. retour au texte
  6. World Inequality Report 2026, Global economic inequity. retour au texte
  7. Insee, Patrimoine des ménages 2024. retour au texte
  8. World Inequality Report 2026, Executive Summary, section « Inequality due to the global financial system ». retour au texte
  9. Ces transferts sont des revenus nets de l’étranger : intérêts, dividendes et autres revenus du capital. Ils tiennent au privilège des pays dont la monnaie sert de réserve : leurs titres, bons du Trésor américain et dettes souveraines européennes, sont recherchés comme placements sûrs, si bien qu’ils empruntent moins cher et placent à l’étranger dans des actifs plus rentables. L’écart de rendement fait remonter chaque année un flux de revenus des pays pauvres vers les pays riches. retour au texte
  10. Insee, Dépenses et recettes publiques. Comptes nationaux. retour au texte
  11. Pew Research, Trust in Government. retour au texte
  12. Banque mondiale, Lifting 800 Million People Out of Poverty. retour au texte
  13. Oxfam, Billionaire wealth 2025. retour au texte
  14. Presse spécialisée. retour au texte
  15. Peter Turchin, Le Chaos qui vient. Élites, contre-élites, et la voie de la désintégration politique, traduit par Peggy Sastre, Le Cherche Midi, 2024. Édition originale : End Times, 2023. retour au texte
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