Les Richesses et leur valorisation
Difficile de définir une « Richesse ». Une idée simple mais pour laquelle chacun a son avis selon sa position sociale ou son intérêt personnel. Pour certains elle correspond à un salaire minimum, pour d’autres à un niveau de patrimoine. D’autres encore y associent des notions spirituelles ou valeurs d’usage. Chacun se trouve moins riche qu’un autre. Au-delà du cliché du milliardaire avec ses coffres-forts remplis de lingots d’or comme Picsou, les richesses recouvrent des catégories de concepts plus sophistiqués.
Capital, richesse, valeur et patrimoine
Les richesses caractérisent la puissance. Un riche, de la racine germanique « rik » apparue après le Moyen Âge, était un « puissant ». Sans définition très précise, elle renvoie d’abord à la notion de capital, caput signifiant tête en latin, donc à l’individu. Dans la plupart des cas, le capital se compose d’un bien et d’un « code juridique » associé qui permet d’en définir la propriété. Le patrimoine d’un individu ou d’une collectivité groupe plusieurs natures possibles de capital :
- le vivant, la #Biosphère, une partie des matières premières, les denrées agricoles #Matières premières ;
- le matériel, objets #Choses et toutes les constructions, des logements aux infrastructures #Immobilier ;
- l’immatériel comme le financier (son argent, ses avoirs #Finance) ou les brevets, marques #Choses ;
- l’intellectuel (le savoir, les idées, les concepts) et l’expérientiel (savoir, savoir-faire), ce sont les talents #Talents ;
- le social (liens, relations, influences, coopération) à travers les États #États-nations, les Institutions #Institutions.
Mais aussi :
- le spirituel (lien avec quelque chose de plus grand, une forme de transcendance) #Religions et philosophies ;
- le culturel (histoires, mythes… partagés par un groupe), parfois en rapport direct avec le spirituel.
Cette liste a un inconvénient, elle ne donne pas de sens à un ensemble de richesses composant un système complexe.
S’il fallait faire l’inventaire des Richesses, dix catégories ressortent, elles peuvent se grouper selon l’approche intuitive suivante :
- celles qui préexistaient, capables de se renouveler ou non, c’est-à-dire la #Planète (1) et les #Matières premières (2) ;
- celles qui ont été fabriquées, catégorie fourre-tout mais essentielle, avec des #Choses (3) matérielles comme des objets, des machines, des œuvres, de l’argent, ou immatérielles (concepts, idées, brevets, et une grande partie de l’argent), et les biens immobiliers, qu’ils soient des logements, des bureaux et des infrastructures, l’#Immobilier (4) ;
- ceux qui les détiennent : tout simplement des êtres humains, donc les #Populations (5), qu’ils soient parmi les très riches, les #Grandes Fortunes (6), et les #Talents (7), innés ou acquis (savoir et savoir-faire ou non), et qui forment une sorte d’élite. On distingue bien la valeur intrinsèque d’un humain et son patrimoine, c’est-à-dire ce qu’il détient ;
- les organisations pour tout faire fonctionner collectivement, sous plusieurs formes : #États-nations (8), #Institutions (9) et #Entreprises (10). Les États-nations trouvant leur légitimité dans des élections, les Institutions étant une catégorie plus large qui peut prendre la forme d’une composante d’un État ou d’une Entreprise privée.
Sur ces quatre catégories, les trois dernières subissent de profondes mutations en raison de la digitalisation des processus des chaînes de valeur. C’est une illustration majeure des effets de la création destructrice.
Le temps, richesse commune, doit-il faire partie d’une démarche d’évaluation ? Certaines méthodes l’intègrent, en particulier financières. Les catégories de richesses font ressortir des notions de durée de vie différentes. Avec les électrons, les bits, les flux, nous intégrerons l’impact du temps dans la prise en compte de la valeur de nos dix formes de Richesses.
Les catégories de richesses
Les rapports sur l’évaluation des richesses les plus connus s’intéressent uniquement à la valeur des patrimoines de #Grandes fortunes, avec des estimations plus ou moins justes de leur pactole. Des rapports publiés par des grandes banques internationales donnent des statistiques, l’ONU aussi, mais leurs conclusions trouvent peu d’écho auprès d’un large public. Du gâchis. Seul un ou deux ouvrages parviennent de temps en temps à faire parler du sujet par décennie.
Élargissons le point de vue. Aujourd’hui, impossible de mépriser le capital humain ou d’ignorer la valeur de la #Biosphère. La prise en compte d’autres formes de Richesses ne présente pourtant pas de difficultés, mais encore faudrait-il être capable de les comptabiliser avec justesse : #Matières premières, #Choses fabriquées comme les machines ou immatérielles comme la propriété intellectuelle (brevets, marques ou œuvre comme une chanson) et l’#Immobilier. À leur manière, ces dix catégories constituent des formes de richesses ayant leur propre rôle au sein du Système.
La valeur sous-entend de faire appel à une référence, qu’elle soit mesurable ou non. Valeur symbolique, culturelle, ou économique mesurable par une unité monétaire. Un verre d’eau, pourtant essentiel, coûte moins cher qu’un diamant mais dans le désert il peut valoir plus qu’un diamant. Ainsi quelque chose d’utile peut avoir une valeur d’échange très faible. Et inversement, quelque chose d’inutile peut en avoir une forte. La valeur d’échange d’un bien dépend donc de sa rareté et pas uniquement de son utilité. Il faut prendre aussi en compte les modalités de production des richesses (travail ou autres). Pour mettre tout le monde d’accord, il manque une sorte d’Institution internationale #Institutions légitime, pour les définir et les mesurer, qui fiabiliserait les débats. Sans elle, impossible de bien comprendre et faire évoluer nos fameux Systèmes.
Leur donner une valeur sensée implique de bien comprendre leurs imbrications.
Ces deux notions pourtant simples sont débattues entre économistes depuis des siècles. S’y mélangent philosophie et idéologie. En 1576, dans La République, l’érudit Jean Bodin recadrait les économistes de l’époque qui restreignaient bien souvent la richesse d’un royaume uniquement à l’or #Matières premières accumulé par le roi. Bodin disait qu'« Il n’est de richesses que d’hommes », phrase restée célèbre. C’est bien plus que cela.
Faut-il croire en une théorie de la richesse et de la valeur ? Et les distinguer comme Aristote ? Débat peu utile pour répondre à une simple question de vocabulaire. La richesse sous-entend quelque chose qui apporte ou contient de la valeur sans véritablement pouvoir systématiquement être mesurée, en tout cas mesurable avec un prix ou une valeur monétaire : l’air est une richesse mais impossible de lui donner une valeur.
La Richesse peut valoir plus que la valeur. Qui peut nier que les services rendus bénévolement dans la société ou les autres formes de richesses collectives telles que les services publics, la paix, la solidarité, le lien social, la création artistique non mercantile, ou encore le soleil et l’air, ont une valeur d’usage sans avoir de valeur monétaire ? Les tâches ménagères ? Combien valent-elles de milliards ?
Le mot valeur peut indiquer tout aussi bien une valeur d’usage qu’une valeur d’échange monétaire. L’approche retenue ici va beaucoup plus loin puisque sont considérées comme Richesses les êtres humains mais aussi toutes leurs organisations avec leurs qualités et leurs défauts. Tous les rouages du Système sont inclus.
Qui sont ceux qui détiennent les Richesses ? Les Richesses sont toutes juridiquement détenues par des propriétaires ou des ayants droit. Elles forment leur patrimoine. Ils sont toujours des personnes physiques, donc la #Population. Attention à ne pas dépersonnaliser les entités économiques. Derrière un État ? Des électeurs et contribuables ! Derrière une Entreprise ? Des actionnaires cachés parfois par des gérants de fonds ou de retraites ! Les dettes des États-nations ? Elles appartiennent à des citoyens à travers les véhicules fiscaux comme l’Assurance Vie. Ô combien il est ironique de faire détenir de la dette sous cette appellation !
Pourquoi ne pas valoriser les Cultures ?
Il s’agit d’une tout autre approche car les #Cultures recouvrent des dimensions supérieures : les #Langues, les #Us & Coutumes, les #Religions et #Philosophies, l’#Architecture, la #Musique, la #Peinture, la #Littérature, les arts du #Spectacle comme le théâtre, la danse ou le cinéma, mais aussi les #Sports, sans oublier les #Jeux, trop souvent méprisés car jugés futiles.
En la matière, une exception culturelle française, sorte de préférence nationale, se justifie. Impossible de donner une valeur à la plupart de ce type de Richesses. Elles méritent une place à part dans le Système. Sans culture, pas de sens, pas de civilisation car pas de citoyen éclairé.
En 1961, la philosophe allemande Hannah Arendt dénonçait déjà la massification de la culture et la transformation de l’art en objet de consommation dans son célèbre essai La crise de la culture : sa portée sociale et politique. Rien n’a bougé suite à cette prise de conscience. Au contraire, le monde entier, Asie comprise, a emboîté le pas des Américains. Le monde mange mieux, se porte en meilleure forme, mais il devient débile.
Constat donc déplorable : des pans entiers de la Culture ne résistent pas à la marchandisation, comme le marché de l’art de la peinture, l’architecture, la musique, le sport, les jeux. Chacun est libre de dépenser son argent comme il veut, même pour une croûte. Restent les langues, les coutumes et la littérature comme rempart à la folie du tout marchand. Les livres échappent encore à des publicités entre les paragraphes, quelle chance !
Qu’est-ce qui cloche ? La prise en compte des pouvoirs
La mesure des Richesses doit être mieux comprise mais, pour cela, encore faut-il bien savoir compter. Celui qui tient la comptabilité détient le #Pouvoir : question de méthode et de devise monétaire. Les premières traces d’écriture, les fameuses tablettes d’argile de Mésopotamie, traitent de la comptabilité. Qui se charge de mesurer, comment, à quelle fréquence et pour qui, avec quels objectifs et avec quelle méthodologie, faite dans quel contexte et à quel moment ? La frontière entre #Philosophie et #Culture se rapproche. Le plus célèbre économiste de l’histoire, ou presque, l’Écossais Adam Smith, en parle dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations en 1776. Aujourd’hui, il intégrerait une nouvelle vision des #Richesses dans un contexte où de nouveaux #Pouvoirs ultra puissants influencent bien au-delà du #Système économique. Toute une littérature dont nous sommes imprégnés nous entraîne dans de mauvaises directions.
Les pouvoirs sont des vecteurs de valorisation
Qu’est-ce qui a porté, porte ou va porter ? Chez les militaires, un vecteur porte une charge, c’est-à-dire quelque chose qui va avoir un impact. C’est ici que les #Pouvoirs et les #Cultures interviennent. Ils s’imbriquent, ils impactent. Prenons-en 13. Pourquoi pas 12 ? Il y a bien 12 mois, 12 apôtres, 12 signes du zodiaque, 12 tribus d’Israël, 12 imams, 12 travaux d’Hercule, 12 dieux de l’Olympe, 12 hommes ont marché sur la Lune et vous avez 12 paires de côtes. Un chiffre structurant. Mais 13, c’est en fait le pur hasard d’un recensement objectif.
Tout repose sur un code, celui des lois. Le pouvoir du droit, soutenu par le texte de la Constitution qui fixe le cadre, les #Lois (11), et celui des règles, normes et standards, disons #Règles pour faire simple (12), qui rendent compatibles procédés et objets ; la #Diplomatie ou le pouvoir de négocier en droit entre États-nations ou Institutions internationales (13) ; la #Force armée, qu’elle soit militaire ou policière (14) ; le #Commerce international qui organise les échanges de marchandises (15) ; la #Monnaie (16) ; la #Finance avec ses banques, ses assurances et autres mystérieux organismes (17) ; l’#Information et sa diffusion (18) ; l’#Énergie (19) ; les #Transports (20) ; l’#Agri-santé (21), deux secteurs très liés ; les #Sciences qui permettent de créer (22) et le #Crime de détruire (23).
Tant que l’architecture des Systèmes n’aura pas été revue, les problèmes rencontrés resteront insolubles : un Président, des représentants des #Populations comme des Députés ne servent plus à rien sauf à défendre quelques lobbys et à paraître ridicules en étant dépassés par les événements.
Le #Système global actuel, qui résulte de l’accélération de la mondialisation à partir du début des années 2000, n’a jamais été véritablement pensé. Il était naïf de croire que la main invisible du marché allait tout régler. La main n’est pas un cerveau, et le Système, bien grippé, n’a jamais été aussi sympathique qu’un Erasmus géant comme certains l’ont cru.